Going Astray(2022-2024)
HD video Color stereo 75’49" 16:9
About the Work by Liu Shangying
2022年至2024年暑假,我行走绘画于新疆鄯善到木垒、奇台一带的东天山。在告一段落后,我同时用三年时间剪辑完成了《迷途》这部1小时15分的影像长片。在天山,一边是荒凉的只有精神想留下,另一边则是美得想让人退却。一座山脉,同时拥有两个世界,两个性格,如同人。在那里,万物的尺度变换流转,一切似乎都不是固定的存在之物。那里很古老,却并不僵化,那里的活力单纯而饱满,同时有诸多不确定。我曾反复问自己为什么总是去往自然深处,但始终没有答案,它成为了我无法克制的行为,我深深地被缠绕其中。而绘画是当这一切被感知时我唯一可以抓取和留下的,它连接了我的身体,经验总是没什么用,我努力想去确认些什么,不想放过任何的此时此刻。《迷途》映射了那段时间以来我与天山相遇的种种身体和心理层面的感知,我无需担心什么,更不必盘算什么,因为那里的一切不需要任何存在的证明。
“我依旧怀疑绘画所能再现的自然,绘画处理的是与自然相遇本身。那是一种突如其来,但却绵延持久的不确定,抉择总会夹杂着某种危机。”
August 2024, written by Liu Shangying in Tianshan Mountain, Xinjiang
LIU SHANGYINGPeindre le corps et l’âme de la terre
Texte / Olivier Kaeppelin
Texte / Olivier Kaeppelin
« Ils ont envisagé tout ce qui est susceptible d’arriver. Certains hommes (…) demeurent résolus et intrépides, décidés à poursuivre, en tant qu’hommes, jusqu’à la fin des temps. »--Henry Miller [1]
(1. In Souvenir, souvenirs, page 397, folio Gallimard (édition française), 1988 / Titre original américain Remember to remember, 1957.)
J’ai rencontré, à Pékin, Liu Shangying, lors d’une visite de son atelier, voilà près de 10 ans. Ce fut une impression puissante. J’eu immédiatement le sentiment qu’une œuvre importante était en train de se faire.
Un an plus tard, c’est avec une grande tristesse que j’appris que son atelier et ses travaux avaient brûlé. J’étais sidéré par cette malchance en pensant à l’ensemble remarquable de peintures que j’avais vu. Cette peinture s’originait dans une poétique comparable à celle de poèmes chinois que j’aimais, où l’homme est un brin d’herbe au milieu du cosmos. Une œuvre où le créateur, avec énergie, se saisissait de la nature et de la peinture, mêlant leurs substances pour faire naître un tableau, dialoguant tant avec Jackson Pollock qu’avec Per Kirkeby ou Anselm Kiefer. Une peinture qui, à partir de ce que Liu Shangying voyait autour de lui dans les espaces où il s’émergeait, comme le désert d’Ejina, faisait naitre un univers intérieur, philosophique et pictural.
Tout cela avait brûlé. Toute cette intensité, cette concentration, cependant, n’avaient pas été totalement détruites car, un peu plus d’un an plus tard, Liu Shangying m’annonça qu’il avait conçu de nouvelles œuvres, à partir des cendres que le feu avait laissé mais aussi par la production de peintures inédites.
Je me rappelais de celles qu’il avait créées au Tibet mais mon attention avait, avant tout, été retenue par celles créées dans le désert d’Ejina en Mongolie intérieure. Liu Shangying y était retourné et avait choisi, à nouveau de s’y « plonger » au milieu d’une forêt d’arbres morts. C’est à cette époque, voilà plus de sept ans, qu’il me demanda de l’accompagner dans une extraordinaire aventure : montrer ces tableaux, là où ils avaient été peints avec des pigments, de l’huile, des couleurs, mais aussi avec le vent, la grêle, les tempêtes de sable. Expérience inoubliable qu’il poursuit, aujourd’hui, dans le Xinjang. Expérience, dans le profond sens du terme car mettant en jeu le corps, l’esprit de Liu Shangying, bien au-delà du métier de peintre. En choisissant, précisément, certains territoires (Tibet, Mongolie, Xinjang) que le moderne a délaissé, il nous confronte à l’immémorial, peut-être à l’intemporel. Il s’y installe après de longues marches qui lui permettent de privilégier des espaces qu’il habite avec son art. Un art qui est, d’abord, peinture mais aussi performance, engagement total, action qu’il filme, le jour et la nuit, dans de passionnantes vidéos avec toutes les lumières du soleil et de la lune. Il dialogue également avec certains autres de ses pairs, ceux du Land Art comme Michael Heizer, Robert Smithson, Richard Long et pour ce qui concerne « peinture et performance », ceux du groupe Gutai ainsi qu’Hermann Nitsch. Il n’oublie pas de rappeler qu’il contemple aussi, très longuement, Cézanne et la Sainte Victoire ou le Jura et ses forêts de Courbet, rappelant qu’il ne peint jamais de paysages, extérieurs à sa personne mais la Nature, le cosmos qui l’englobe et qu’il a en lui. Ces peintures garderont la trace de ses longues marches, de ses conflits, des émerveillements, issus de cette relation existentielle et essentielle qu’il établit et qu’il nous donne en partage. Il n’y a plus de symboles, de représentations ni d’images mais un état du monde qui aboutit à la beauté de ses peintures.
刘商英描绘大地的身体和灵魂
文 / 奥利维耶·卡佩兰
文 / 奥利维耶·卡佩兰
“他们做好了准备去面对可能发生的一切。有些人... ...始终坚定且无畏,身为男人决定不断追寻,直到时间的尽头。”——亨利·米勒(Henry Miller)[1]
(1. 法语原文节选自亨利·米勒所著《记住的回忆》一书第397页,由法国伽利玛出版社于1988年出版。该书原作为英文版本,题为Remember to remember, 出版于1957年。)
与刘商英的相识缘起约十年前的一次拜访。那时我在北京参观他工作室,甚为震撼。彼时,我即刻有了一种感受,似乎一件重要的作品正在酝酿之中。
一年后,我悲痛地得知他的工作室和几乎所有作品被一场大火烧毁。想到那些我曾欣赏过的、超拔出众的画作在这场不幸的灾难中燃烧殆尽,我错愕不已,深感惋惜。刘商英的创作是一种起源于诗性的绘画,如同我喜爱的一首中国诗词所畅怀之境界:人生寄宇宙,忽若原上草。在这样的创作中,艺术家生动有力地捕捉自然、运用油彩,将神识与物质混合在一起,从而诞生出一幅绘画作品,也在某种意义上进行着与杰克逊·波洛克(Jackson Pollock)、佩尔·柯克比(Per Kirkeby)或安塞尔姆·基弗(Anselm Kiefer)的对话。刘商英的画建立在他所置身的场域,如额济纳旗的沙漠,身之所处、目之所及入画,进而创造出一个内化的哲学与绘画的世界。 这一切都被烧毁了。然而,所有那些强烈的、专注的东西并没有被完全摧毁,因为仅仅一年多以后,刘商英告诉我,他从大火留下的灰烬中萌生出了新的构思,并且进行了前所未有的绘画创作。
我清楚地记得他在西藏完成的那一系列作品,但此前,在我心中印象最为深刻的,是他内蒙古额济纳旗沙漠中的创作。刘商英在游历多地后回到那里,再次选择潜入那片枯木森林。正是在那个时候——已是七年多以前了,他邀我陪伴他一起踏上了一次非凡的冒险旅程:做一场在地展览。就在他创作的地方,展示那些他用颜料、油彩,也用狂风、冰雹乃至飞沙走石一起画出的作品。如今,他追寻的脚步行至新疆,难以忘怀的体验将在此续写。是的,“体验”正如它最极致的含义,因为刘商英在用自己的肉体和精神做赌注,这已远远超出了画家的职业定义。通过选择去往那些与现代生活断层甚至隔绝的地域(西藏、蒙古、新疆),他让我们直面的是远古,甚至是永恒。在长途跋涉中,他感知并选择自己与艺术共同的栖身之所,而后安驻此处。这门艺术首先是绘画,同时也包括行为。摄像机记录下他全身心投入的姿态,连同曾照耀他的骄阳与皓月,日日夜夜,震撼人心。如此,刘商英也和其他一些同道者进行着对话,比如大地艺术家迈克尔·海泽(Michael Heizer)、罗伯特·史密森(Robert Smithson)、理查德·朗(Richard Long),以及有关“绘画与行为”艺术的具体派(Gutai Group)和赫尔曼·尼奇(Hermann Nitsch)。他从没有忘记提醒自己,长久以来,他也在凝视着塞尚与他的圣维克多山,亦或是库尔贝与汝拉山间的森林。他始终记得,自己画的从不是个体之外的风景,而是已然与之合而为一的大自然,以及他内心蕴藏的浩瀚宇宙。这些创作将是他苦旅的印记,记录着他行走途中的困顿与冲突、赞叹与奇迹。这种由他所构建的切实存在且最为本质的关系也于此向我们敞开,这里不再有符号,不再有描绘或者图像,只有一种大千世界的状态,那即是他画作之美的终极所在。